Francis Pellerin, peintre aussi …

A partir de 1939, Francis Pellerin ne cessera plus de peindre en parallèle de son activité de sculpteur. Dans un premier temps, ce sont natures mortes, paysages de Cancale et de la région de Châteaulin, et portraits qui le maintiennent en recherche après l’effort du concours Chenavard.

A Rome, à Borbona, à Capri et en Sicile, il dessine et peint beaucoup, là où il lui est impossible de pratiquer son activité de sculpteur mais aussi pour le plaisir. Les œuvres de cette période (jusqu’en 1951) trouvent une large audience.

Avec sa première peinture abstraite, qui date de 1952, il perd sa galerie et sa clientèle, et éprouve alors le sentiment douloureux de priver sa famille (quatre enfants sont nés) de ressources financières.

Lors d’une exposition au Salon des réalités nouvelles, en 1960, il écrit

On ne crée pas la voie de son Art selon son désir; la force qui le substante vous mène où il lui plait. Tout d’abord mu par la nature extérieure, j’ai , plus tard accusé le mouvement de ma nature intérieure; Il en résulte, actuellement, une sorte de symbiose entre l’œuvre et l’homme. La constante est donnée par une certaine qualité de tension. Je n’ai pas d’inspiration conceptuelle. Je tâtonne, j’espère, il faut beaucoup de Foi. De l’intégration à l’architecture et de mon univers est née une œuvre imprévisible. Depuis plus de 20 ans, préoccupé par la polychromie de ma sculpture, j’ai été amené à peindre et je suis devenu, par enchaînement logique, Abstrait, et Abstrait géométrique par des relations architectoniques ; Ni la peinture, ni la sculpture ne me réalisent tout à fait. Conséquemment j’ai trouvé un lieu que j’appelle « peinture spatiale » ou encore « sculpto-peinture », une Structure qui se construit en se déployant et, s’aidant de la couleur, prend possession de l’espace et joue avec lui, statiquement et cinétiquement*.

Dessins à l’encre,  tracés régulateurs et structures extensibles, peintures à l’huile, structures déployées monochromes et polychromes marquent cette période d’un géométrisme rigoureux et hiératique, qui fait dire à Frank Elgar lors de l’exposition à la Galerie Hautefeuille (Paris) en février et mars 1962 :

C’est un art tout ensemble intellectuel et sensible, libre et savant, une peinture abstraite qui ne trahit pas les lois spécifiques de la peinture et, entre la droiture de la conception et l’imprévu de l’exécution, garde la juste mesure. Ni la froideur d’une épure, ni la tristesse d’un pensum. Ces architectures qui bougent, frémissent, vivent des actions réciproques de leurs lignes et de leurs couleurs …

1960 voit un nouveau tournant dans l’œuvre picturale de Francis Pellerin. C’est le début de sa « période gestuelle ». Des gouaches, dont quelques-unes sont réalisées en tapisserie par l’atelier Plasse Le Caisne et les manufactures des Gobelins et de Beauvais, font dire à son ami Jean Dubois lors d’une nouvelle exposition :

Devant tant de mouvements, de vie, de liberté, on pourrait supposer que Francis Pellerin a changé de manière. Ce n’est qu’une apparence. L’exubérance n’est pas désordre. La composition, pour être cachée, n’en est pas moins réelle. Le trait n’est pas si fou qu’il n’y paraît; il est tracé d’une main à laquelle une longue pratique des tracés régulateurs, des constructions géométriques a définitivement donné le sens de la mesure et de l’équilibre.

En 1972, le hasard d’une commande par un particulier qui souhaitait avoir une peinture de Capri comme celle que possédait sa fille fait que Francis Pellerin se retrouve devant une toile. Le déclic est là, non pour refaire des paysages, mais pour trouver, à la faveur d’une imprégnation des lumières de l’Espagne, du plateau de l’Aubrac et de la Bretagne, un nouveau regard sur la réalité. Francis Pellerin parlera d‘« un regard éberlué »*. Sa rapidité d’exécution, grâce à la peinture acrylique, nous offre d’étonnants instantanés de cette réalité dépouillée, transfigurée par l’œil du peintre qui se plaît à répéter, en considérant son travail :

« Le souvenir d’un souvenir est dans mon âme devenu. »

* Voir l’article publié dans le Bulletin des Amis du Musée 1997 : « Engendré, non pas créé… » Réflexions et regards sur l’art, de concert. Poèmes de Francis Pellerin et texte de Monique Merly.

Il présentera ce travail à la Rotonde de l’opéra, à Rennes, sous le titre « Espaces-rêves ». Voir l’article de Ouest-France, signé Pierre Fornerod (18/12/1987). Dans les années 70, Francis Pellerin s’essaye aux séries (ne s’agirait-il pas d’une transposition en peinture de ce qu’il expérimente en sculpture depuis de nombreuses années ?). Voir les articles de Monique Merly  « De la série 1982 » et « Hypothèses 2019 »

A partir de 1980, il produit des œuvres d’une stupéfiante jeunesse. Un esprit de recherche allié à une très grande capacité de travail le conduit en effet à des conceptions imprévues, de plus en plus épurées, déprises des repères classiques de l’espace. Ce sont des collages, des accolages, des dessins, des gouaches qui nous transportent dans des « espaces d’ailleurs », dans un état d’apesanteur où l’on voudrait demeurer.

Entre 1985 et 1993, 94 acryliques sur toile signent un retour à l’abstrait géométrique où le tracé régulateur, avec une construction tripartite, va peu à peu disparaître.